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Entretien No. 3 : Un vrai programme d’activités en laboratoire

Ou "Comment faire pour que vos étudiants apprécient le travail en laboratoire !"

Traduit de l’américain par Laetitia Rebord et Marianne Raynaud

Veulliez noter que les hyperliens foctionnent uniquement avec le DVD car ils sont directement reliés à l’Annexe numérique.

Laura Lerner : Vous avez expliqué la dernière fois que vos étudiants travaillent en laboratoire de façon autonome pendant 55 minutes chaque semaine. Vous laissiez entendre qu’ils étaient tellement motivés qu’ils arrivaient même à l’heure, mais n’étaient-ils jamais fatigués de faire tous seuls ces exercices en laboratoire ?

Marianne Raynaud : J’ai su dès le début que si je n’avais pas un programme d’activités en laboratoire "intéressant" et "motivant", le niveau d’attention des étudiants s’affaiblirait inévitablement. Ils pourraient même enlever leurs casques et commencer à discuter en français avec leurs voisins. Et cela aurait mis un terme à l’organisation entière des tutorats pendant la session en laboratoire !

Laura Lerner : Ainsi comment avez-vous procédé au début, avant que les tutorats ne deviennent une vraie tradition ?

La notion de personnalisation et d’aide individualisée



Marianne Raynaud
: J’ai expliqué aux étudiants la notion de personnalisation et j’ai dit que chaque étudiant bénéficierait d’une aide individuelle, mais seulement à condition que les autres sachent s’occuper d’eux-mêmes. Un collègue travaillant dans un autre laboratoire m’avait déjà dit que "ce qui est important n’est pas le laboratoire en lui-même mais plutôt ce que vous enseignez en utilisant le laboratoire". Il avait parfaitement raison. Vous pouvez avoir un beau laboratoire, ultramoderne, avec une technologie de pointe, mais si le matériel didactique est inintéressant, les étudiants s’ennuieront vite et trouveront peu d’intérêt à ces sessions en laboratoire.

Fabriquer les cassettes — une course folle !

Laura Lerner : Vous êtes-vous procurée des méthodes ou aviez-vous une préférence pour les documents faits maison ?

Marianne Raynaud : Au début, je dois admettre que l’enregistrement était chaque semaine une course folle pour préparer 55 minutes de travail oral. Nous avions tous les documents oraux dont nous avions besoin (certains venaient de "méthodes" et d’autres étaient réalisés par notre équipe). Cependant, trois heures étaient nécessaires pour obtenir le produit final avec ses annexes. Il fallait mettre tous les exercices sur une cassette de 30 minutes. Puis il fallait créer à la main un transparent donnant aux étudiants des explications étape par étape et précisant les repères sur leur compteur correspondants aux divers exercices. L’utilisation des repères numériques spécifiques servaient au cas où un étudiant souhaitait rembobiner et refaire un exercice. Un étudiant pouvait également avancer rapidement, si, par exemple, il avait eu un tutorat et n’avait du temps que pour les exercices les plus essentiels.

Laura Lerner : Combien de temps en tout avez-vous mis pour enregistrer les cassettes ?

Marianne Raynaud : Facilement 8 heures pour obtenir une cassette de 30 minutes et je devais en faire une chaque semaine pour chacune des trois années ! Cela me prenait 24 heures par semaine uniquement pour enregistrer les cassettes !

Une progression logique ?

Laura Lerner : Y avait-il une progression logique, par exemple, commencer par des exercices faciles au début pour s’échauffer et finir par les plus difficiles pour les meilleurs élèves ?

Marianne Raynaud : On m’a conseillé d’utiliser cette progression, et cela aurait pu être une manière très logique de procéder, mais je n’ai jamais voulu changer mon propre concept et je suis toujours restée fidèle à mon idée de départ.

Laura Lerner : Et quelle était exactement cette idée ?

Marianne Raynaud : Il fallait que tous les étudiants, quel que soit leur niveau, terminent la cassette en 55 minutes. Rien n’était proposé comme "optionnel". C’est le principe des cours des écoles d’ingénieurs françaises en ce qui concerne les sujets scientifiques. Les étudiants doivent faire tous les exercices. En anglais, je n’ai pas voulu dire aux plus lents : "Ecoutez, vous devez seulement faire les parties I à III ; seules ces parties seront abordées aux examens (oraux ou écrits)". J’ai fait ce choix simplement parce que les autres étudiants (avec un meilleur niveau au départ) se seraient plaints en disant : "pourquoi devons-nous faire tout le programme alors que les autres n’en font qu’une partie ?" J’accorde seulement une exception à ceux qui suivent les tutorats. Le jour de leur séance en tutorat, ils pouvaient sauter les 15 premières minutes de travail qu’ils avaient préparé à la maison, mais qu’ils n’étaient pas obligés de répéter en laboratoire.

Le montage d’une cassette de 30 minutes

Laura Lerner : Comment avez-vous monté une cassette de 30 minutes ?


Marianne Raynaud
: Le contenu général de chaque cassette (représentant une session de travail en laboratoire) était fait de sorte qu’il soit difficile pour tout le monde. En fait, le programme d’activités en laboratoire était devenu si difficile que les étudiants les plus faibles venaient en avance et commençaient le travail exactement à l’heure pour s’assurer qu’ils pourraient bien terminer tout !

Laura Lerner : Vraiment ? Ca, c’est de la motivation ! Avez-vous un "modèle" de base pour ainsi dire ?

Marianne Raynaud : Oui, je me basais sur un modèle général, mais ce n’était jamais exactement le même d’un jour à l’autre. L’ordre changeait, mais il y avait, à chaque début de cours, une partie de répétition et traduction que tous les étudiants devaient préparer chez eux avant de venir en cours de langue. Cela durait environ 15 minutes, un exercice assez court, que les étudiants qui avaient un tutorat pouvaient sauter en laboratoire. Ces derniers, qui présentaient un travail oral en tête à tête avec leur professeur n’avaient qu’environ 40 minutes et parfois encore moins pour effectuer le travail en laboratoire. Pour cet exercice assez court, j’ai opté pour des conversations courtes ou des récits extraits du livre intitulé "90 Days/90 Lessons" que je trouvais vraiment remarquable. En fait, un de mes tout premiers étudiants à l’école d’ingénieurs me l’avait un jour montré et m’avait indiqué que c’était ce type de langue que lui, et certainement ses camarades, voulaient pouvoir employer. Il m’a expliqué que le langage scientifique n’était pas le vrai problème. Cependant, la langue utilisée quotidiennement l’était certainement. Je suis donc allée acheter les cassettes audio du manuel "Méthode 90 Jours : Anglais" de M. Savio, J.-P. Berman, et M. Marcheteau, aux éditions "Les Langues pour Tous", Le Livre de poche, Librairie Générale Française, 1968. Ce livre n’est plus disponible actuellement. Le titre a été, par ailleurs, vendu aux éditions Hachette, et donc "90 Days / 90 Lessons" existe de nos jours, mais le contenu a été complètement modifié.

"Méthode 90 Jours : Anglais", "90 Days / 90 Lessons" : la Bible de Mme Raynaud

Laura Lerner : Pourquoi ce livre convenait-il en particulier ?

Marianne Raynaud : Ce que je trouvais excellent, c’était la présentation progressive mais régulière des leçons. C’était un très bon "cours de révisions", qui commençait par des choses très simples et qui se concentrait sur les temps verbaux et les structures de base. De plus, toutes les leçons étaient traduites en Français, c’était donc complètement une méthode d’auto-apprentissage. Enfin, il y avait un "Mémento" à la fin, une sorte de livre de grammaire, d’ouvrage de référence, qui expliquait en français et de façon détaillée, la grammaire utilisée dans les différentes leçons. Je dis "il y avait", car malheureusement, ce livre, que j’ai fait acheter et apprendre scrupuleusement, presque par cœur, à mes étudiants, n’est, comme je l’ai déjà dit, plus disponible à la vente, ce que je regrette. Si j’ai le temps et l’énergie nécessaires, j’écrirai un jour ma propre mise à jour de cette méthode, que j’ai toujours trouvée exceptionnelle. Les auteurs devraient savoir que je leur suis profondément redevable et que mes étudiants se plaisent à considérer "90 Days / 90 Lessons" comme la Bible de Mme Raynaud. Par ailleurs, j’ai fait acheter à tous mes étudiants de deuxième année l’ouvrage "Pratiquer l’Anglais", aux mêmes éditions "Les Langues pour Tous". Il y a aussi tout un certain nombre d’autres livres d’auto-apprentissage similaires, dans la même collection, tels que "Pratiquer l’Américain" ou encore "l’Anglais en 40 leçons". Les professeurs bénéficient d’un large éventail d’excellents livres avec des dialogues qui peuvent intéresser les étudiants, mais ils doivent sélectionner soigneusement les leçons et éviter tous les dialogues qui ont peu de rapport avec la vie d’un étudiant.

Laura Lerner : Alors que devaient préparer les étudiants dans l’ancienne version de l’ouvrage "90 Days / 90 Lessons" ?


Marianne Raynaud
: Puisque la demande venait des étudiants eux-mêmes, j’ai simplement commencé, comme en 1982, par insérer deux leçons de "90 Days / 90 Lessons" au début de chaque cassette. J’ai démarré le cours à la leçon n° 16 et j’ai demandé aux étudiants au niveau vraiment faible de faire seuls les exercices du début du livre. La progression a été très rapide. Même si les bons étudiants pensaient que c’était extrêmement facile pour deux ou trois sessions en laboratoire, ils ont très vite changé d’avis. L’étudiant moyen avait quelques difficultés même à partir de la leçon n° 16, bien que je leur ai dit qu’ils avaient déjà vu tous ces points de grammaire pendant leurs trois premières années de collège !

Laura Lerner : Qu’y avait-il sur les cassettes ?

Marianne Raynaud : De la compréhension orale, de la répétition, des exercices de conversion et de traduction du français à l’anglais. N’importe quel inspecteur de lycée aurait sévèrement désapprouvé cette méthode, mais les étudiants en étaient enchantés. Ils m’ont dit que leur vocabulaire était très limité et très approximatif même après 9 ans d’anglais, puisqu’ils ne connaissaient presque jamais la traduction française réelle et précise des mots qu’ils lisaient. J’estime personnellement qu’il vaut bien mieux de donner autant que possible la traduction directe d’un mot ou d’une structure à un étudiant, au lieu de gaspiller un temps précieux en classe à faire des paraphrases ou des définitions approximatives. Par ailleurs, ce travail devait (et doit toujours aujourd’hui) être préparé à l’avance par les étudiants afin de répartir les 60 minutes de cours aux compétences orales.

Apprendre par cœur

Laura Lerner : Que demandiez-vous aux étudiants de faire ?

Marianne Raynaud : Je souhaite que les étudiants étudient les leçons, lisent au-delà des explications et apprennent toutes les phrases ainsi que le vocabulaire. Les professeurs ont aujourd’hui tendance à dire : "Oh, je ne fais jamais apprendre aux étudiants des listes de vocabulaire par cœur et encore moins mémoriser un texte ou un poème court !", comme si c’était une abomination. Mais croyez-moi ; les étudiants de moins de 20 ans ont d’énormes capacités de mémoire, souvent inexploitées ou sous-exploitées. En les forçant à faire travailler leur mémoire, vous les aidez non seulement dans la discipline que vous enseignez mais aussi dans beaucoup d’autres domaines.

Laura Lerner : Donc apprendre par cœur ne les dérangeait pas ?


Marianne Raynaud
: Assez étonnamment non, et encore aujourd’hui, sauf bien sûr, le premier jour de classe quand je leur annonce qu’ils doivent apprendre par cœur plusieurs parties du cours (des exercices de vocabulaire et de traduction des deux livres "90 Days" et des livrets). Ils crient presque ou pâlissent tous en déclarant : "nous ne pouvons pas apprendre tout cela !" Puis ils reviennent au cours suivant, très fiers en effet de pouvoir "dire" tant de choses dans un anglais correct.

Laura Lerner : Les évaluez-vous en les faisant réciter devant la classe ?

Marianne Raynaud : Mon Dieu non ! Ce serait trop long et monotone pour les autres et cela pourrait humilier ceux qui ont de grandes difficultés, mais je les évalue individuellement, comme je l’expliquerai plus tard, lorsque nous en sommes à l’évaluation et au travail intensif en binômes.

Des textes courts associés à des exercices

Laura Lerner : Qu’est-ce qui suit la séquence "90 Days" sur les cassettes ?

Marianne Raynaud : N’oubliez pas que c’était il y a 20 ans et que les professeurs précédents n’avaient rien laissé d’intéressant à utiliser dans les placards du laboratoire de langue, j’ai donc dû partir de zéro. Je voulais trouver des textes très courts à utiliser pour l’entraînement à la compréhension orale ainsi que des exercices en relation. En bref, il fallait trouver des exercices qui souligneraient les mêmes points de grammaire et/ou qui utiliseraient le même vocabulaire que dans les textes écrits. L’idée était d’avoir des exercices de compréhension orale avec des "exercices à trous" (des espaces blancs à remplir dans les textes écrits des livrets) suivi de passages "écoutez et répétez". Parfois, j’essayais d’inclure aussi des exercices de type "écoutez et traduisez". Naturellement, je devais trouver des exercices de grammaire pour mettre en pratique les mêmes structures que dans les "exercices à trous". Dans les premières cassettes, j’avais déjà utilisé beaucoup d’exercices des ouvrages Developing Skills (de L.G. Alexander), Kernel Lessons Intermediate ou Kernel Lessons Plus (de O’Neil). Nous (l’équipe de professeurs) avons également composé beaucoup d’exercices nous-mêmes tels que des exercices de nombre, de rédaction ou de traduction. Les étudiants devaient traduire oralement, du français à l’anglais, des phrases courtes comportant différents temps verbaux, des verbes défectifs simples ou composés ou des gérondifs.

L’anglais scientifique

Laura Lerner : Avez-vous inclus de "l’anglais scientifique" ; ce que l’on appelle "l’anglais spécifique" ?

Marianne Raynaud : Oui. Nous consacrions environ 20 % du temps à l’anglais scientifique général sur chaque cassette en créant divers exercices basés sur le matériel didactique que les professeurs de sciences nous donnaient. Ceux-ci nous étaient très utiles. Bien que ces professeurs ne parlassent presque pas anglais, ils pouvaient le lire ; et ils pouvaient ainsi nous diriger vers le type de vocabulaire que les étudiants devaient savoir en électronique, physique, mécanique, etc. Mais en réalité, les termes "scientifiques" anglais ressemblent souvent aux termes français, et les futurs ingénieurs avaient bien plus besoin de connaître le vocabulaire anglais de base et non d’une certaine terminologie scientifique complexe. Nous avons tout de même décidé d’enseigner de l’anglais "semi-scientifique".

Un seul passage !

Laura Lerner : Comment les étudiants ont-ils réagi à cet anglais « semi-scientifique » ?

Marianne Raynaud : Comme pour toute autre chose… ils l’ont apprécié avec modération. C’est l’une des choses essentielles que j’ai apprises très tôt : "la variété est le piment de la vie", comme ils disent ; et il en est de même pour l’enseignement des langues. Par exemple, quand il faut faire des exercices en laboratoire, j’aime me rappeler une publicité américaine des années cinquante dont le slogan pour la poudre à laver le sol Spic and Span était "Un seul passage !" Les étudiants sont des gens comme vous et moi…

Pour en savoir plus il faut lire "QualityTime-ESL: The Digital Resource Book". C’est un livre et non pas une série d’entretiens, mais le style est direct, sincère et dépourvu de jargon. Le but c’est vrqiment d’aider le professeur à devenir plus performant e donc plus heureux dans sa classe.


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